Crypto-monnaies, voies royales du blanchiment d’argent ? Le Mythe

Crypto-monnaies, voies royales du blanchiment d’argent ? Le Mythe

Titanium. C’est le nom du projet initié par l’Union européenne et qui vise à enquêter sur les transactions des marchés parallèles utilisant les crypto-monnaies. Équipé d’un budget de 5 millions d’Euros, ce projet a pour objectif de trouver les outils technologiques pour désanonymer les transactions de crypto-monnaies sur le Darknet et renforcer la lutte contre les réseaux criminels qui y font transiter leurs financements.

Europol, la force de police européenne a dans son rapport annuel IOCTA 2017 d’évaluation des menaces représentées par la criminalité organisée sur internet, pointée du doigt l’intérêt fort grandissant des réseaux criminels pour les crypto-monnaies alternatives telles que Zcash, Monero et surtout Dash. Surnommée “la crypto-monnaie privée”, Dash est prisée en raison de son réseau de masternodes qui sont des VPS (serveurs virtuels dédiés), qui rajoute une couche de sécurité et d’anonymat à la Blockchain.

Ces décisions et rapports renforcent une rhétorique bien établie dans les milieux politiques européens qui est que les crypto-monnaies aident à la prolifération du crime, à son financement, mais aussi au blanchiment de fonds issus de rackets, et autres délits.

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Une bibliothèque publique

Disposer d’un portefeuille de crypto-monnaies ne requiert aucune pièce d’identité et aucune déclaration sous serment.

Néanmoins, les récriminations des politiques quant au fameux anonymat des portefeuilles et transactions souvent mis en avant pour décrier les crypto-monnaies, occultent le fait que toutes les transactions se font directement entre deux portefeuilles publics le plus souvent notamment dans le cas du Bitcoin. De plus la Blockchain est un ensemble de registres disponible en ligne et qui peut être consulté par tous.

Ainsi les 400 millions de dollars USD en NEM volés au site de change Coincheck en Janvier 2018 sont d’ailleurs dans un portefeuille précis faisant l’objet de toutes les attentions.

“Vous pouvez courir, mais ne pouvez vous cacher” tel est la mise en garde de Jonathan Levin, cofondateur de Chainalysis.

Chainalysis une société de sécurité ayant mené en 2017 des investigations sur les possibilités de blanchiment d’argent via la Blockchain. Ses conclusions ne sont guère encourageantes pour les la criminalité qui pensent à tort y trouver un terrain de jeu.

Le centre des sanctions et finances illicites de la Fondation pour la défense des démocraties a produit en 2017 un rapport sur le flux des capitaux occultes transitant par l’écosystème du Bitcoin entre 2013 et 2016.

De ce rapport il ressort que moins de 1% de la masse monétaire du Bitcoin est aux mains de réseaux criminels. Une proportion bien résiduelle en comparaison aux 2% voire 5% du PIB américain que représenterait le blanchiment d’argent fiduciaire (les billets et pièces usuellement employés) aux Etats-Unis. 97% de ces moins de 1% de Bitcoins circuleraient sur des plateformes du Darknet. L’étude stipule aussi qu’en raison de l’utilisation grandissante des logiciels malveillants de rançons (ransomware), 15,75% des Bitcoins en circulations sur le Darknet ont été frauduleusement extorqués.

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Par faute d’avoir essayé

Wikipédia définit le blanchiment comme étant l’action de dissimuler la provenance d’argent acquis de manière illégale afin de le réinvestir dans des activités légales.

Ainsi le braquage désormais répété de sites de change en ligne, les ransomwares, ou le paiement de produits prohibés tels que la drogue au moyen de crypto-monnaies, sont autant d’activités qui rendent ces jetons impliqués impropres aux activités légales.

Les délinquants en possession de ces fonds vont alors rechercher des moyens de les faire sortir du monde économique restreint du Darknet pour les intégrer à nos économies traditionnelles. Selon l’étude de Chainalysis ci-dessus citée, les fonds en crypto-monnaies en circulation sur le Daknet sont centralisés, 75% de ces fonds seraient répartis entre la plateforme Alphabay et Nucleus Market. On se souvient d’ailleurs qu’en 2017, Europol a fermé le site et saisi une énorme quantité de crypto-monnaies.

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Au nombre des techniques de blanchiment utilisées par eux on peut citer:

– le mixing ou mixage d’illégaux jetons avec d’autres afin de les dissoudre dans une masse indistinguable;

– le Tumbler. C’est un saucissonnage multiple des jetons et leur utilisation dans de multiples transactions afin d’en rendre moins perceptible la signature des clés de cryptage;

– Le Gambling. C’est la bonne vieille recette du blanchiment d’argent via les casinos. Seulement que cette fois-ci, ces fonds sont abondamment utilisés sur les sites de jeu en ligne.

Quelle que soit la technique utilisée, l’unicité de chaque jeton en raison de sa clé de cryptage et le caractère peer to peer des transactions font que l’anonymat n’est pas entier dans la Blockchain.

Depuis l’apparition du Bitcoin en 2008, les nombreuses tentatives des hommes de s’approprier la Blockchain et d’y instaurer de florissants marchés parallèles, se sont tous soldés par des échecs.

Ross Ulbricht a créé notamment un marché de vente de drogue basé sur le Bitcoin. Le FBI évalue 1 milliard de dollars USD la valeur de la marchandise qui y transitait. Ulbricht a été condamné à la perpétuité en février 2015.

En Mars 2015 le tchèque Tomá Jiíkovsk a vu son portefeuille gelé alors qu’il tentait de blanchir 40 millions de dollars en Bitcoins volés. En septembre 2015, c’était le français Mark Karpelès qui a été arrêté et condamné pour le détournement de 390 millions de dollars en Bitcoins volé au site de change japonnais Mt.Gox.

L’engouement généralisé pour les crypto-monnaies va certainement se traduire par une hausse de la masse de crypto-monnaies allouée à d’illicites activités. Certainement que les individus qui vont s’y adonner seront surpris de se voir arrêter, car la Blockchain n’est pas l’espace rêvé pour se cacher. De plus les politiques de nombreux pays en appellent à une règlementation et un contrôle plus accru des crypto-monnaies. Ils seront ainsi que l’ont annoncé les officiels Français et Allemands, au coeur des discussions du prochain sommet G20.

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